À partir du 1er janvier 2026, le mécanisme ARENH (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique) disparaît. Il est remplacé par un dispositif inédit : le Versement Nucléaire Universel (VNU). Cette réforme majeure vise à aligner davantage le prix de l’électricité nucléaire sur son coût réel de production, tout en redistribuant une partie des revenus excédentaires lorsque les prix de marché sont élevés.
Pour les entreprises, il s’agit d’un changement profond : le mode de valorisation du nucléaire évolue, tout comme les mécanismes de protection contre les hausses de prix. Cet article vous explique clairement ce qui remplace l’ARENH, comment fonctionne le VNU et quels impacts sont à anticiper sur votre budget énergétique.
Pourquoi l’ARENH disparaît
Mis en place en 2011, l’ARENH permettait aux fournisseurs alternatifs d’acheter jusqu’à 100 TWh d’électricité nucléaire à un prix fixe de 42 €/MWh. Il garantissait une part de l’électricité à un tarif stable, mais était critiqué pour :
- être déconnecté des coûts réels de production du parc nucléaire ;
- limiter les revenus d’EDF même lorsque le marché flambait ;
- introduire une distorsion durable dans le marché de l’électricité.
À partir de 2026, les fournisseurs devront acheter la totalité de l’électricité sur le marché de gros, sans accès à un tarif régulé bas. Pour éviter une volatilité excessive et organiser une redistribution des revenus, la loi de finances 2025 a instauré le VNU.
Explication du VNU : que prévoit le nouveau mécanisme ?
Le cout de référence du nucléaire
La CRE a fixé le coût complet de production du nucléaire historique à 60,3 €/MWh pour 2026–2028.
Ce niveau de coût représente la « juste rémunération » qu’EDF doit percevoir en moyenne pour sa production nucléaire. Il est plus de 40 % supérieur au tarif historique de l’ARENH.
Deux seuils pour taxer les revenus excédentaires
Lorsque les prix de marché sont supérieurs au coût complet, EDF génère des revenus excédentaires. Le VNU prévoit alors deux mécanismes :
- Seuil de taxation (50 %) : si les revenus d’EDF dépassent le coût complet de +5 à +25 €/MWh, alors 50 % du surplus est prélevé ;
- Seuil d’écrêtement (90 %) : si les revenus dépassent le coût complet de +35 à +55 €/MWh, 90 % du surplus est prélevé.
Cette architecture permet de limiter les bénéfices très élevés d’EDF lorsque les prix de marché sont hauts.
À noter : les valeurs exactes dans les fourchettes seront fixées par décret.
Redistribution aux consommateurs
Les montants collectés via taxation et écrêtement sont redistribués aux consommateurs (entreprises, ménages).
Concrètement :
- La CRE estime chaque année les revenus réels du parc nucléaire ;
- Une minoration de facture est appliquée a posteriori, par les fournisseurs, proportionnelle aux montants collectés ;
- Les consommateurs bénéficient ainsi d’un « filet de protection » lorsque les prix de marché restent durablement élevés.

Comprendre le graphique : Avec un prix de marché de 70 €/MWh, soit 20 € supérieur au prix cible, les revenus perçus par EDF entre le prix cible (60,3 €/MWh) et le prix de marché (70€/MWh) sera taxé à 50 %. Ainsi, la taxe perçue par l’état sera de 5 €/MWh de nucléaire vendu, qui sera redistribuée au consommateur.
Plus le prix de marché sera haut, plus la taxation des revenus d’EDF sera importante, le seuil montant à 90 % au delà de +[35 à 65]€/MWh (les seuils sont encore à définir). Et plus la redistribution aux consommateurs sera élevée.
L’impact pour les entreprises
Fin du prix fixe ARENH : exposition accrue au marché
Sans ARENH, les fournisseurs n’auront plus accès à une part de l’électricité à 42 €/MWh. Désormais, 100 % de la fourniture sera achetée sur le marché, exposant directement les entreprises :
- aux variations du gaz ;
- aux prix du CO₂ ;
- aux arrêts de réacteurs ;
- aux tensions géopolitiques.
Le VNU régule les revenus d’EDF mais ne fixe pas de prix plancher pour les consommateurs.
Un prix du nucléaire plus élevé
Avec un coût complet à 60,3 €/MWh, environ 40 % plus élevé que l’ancien tarif ARENH, le prix final de l’électricité pour les entreprises risque d’augmenter mécaniquement, en fonctions des prix de marchés observés.
Un filet de protection… partiel
Le VNU redistribue uniquement les surplus constatés. Il ne peut donc :
- ni garantir un prix stable à l’avance ;
- ni compenser pleinement des hausses massives si le marché reste en dessous des seuils.
En résumé : c’est un mécanisme correcteur et redistributif, pas un mécanisme assurantiel.
Suivi et anticipation
Les entreprises devront suivre :
- les prévisions de revenus nucléaires publiées par la CRE ;
- les montants de minoration VNU estimés ;
- les évolutions des prix de gros et des coûts d’approvisionnement.
Les limites et incertitudes du VNU
- Les seuils exacts de taxation ne sont pas encore définis par décret ;
- Si les revenus d’EDF s’avèrent faibles, il pourrait ne pas y avoir de redistribution ;
- Les calculs reposent sur une comptabilité appropriée préétablie par le régulateur : la transparence dépendra de la rigueur de son application.
La situation en 2026 : le VNU pourrait ne pas s’activer
D’après les projections actuelles, les prix de marché pour 2026, relativement bas, restent proches du coût complet du nucléaire fixé à 60,3 €/MWh. La CRE anticipe un prix capté de 65,86 €/MWh, insuffisant pour atteindre les seuils de taxation du VNU.
En pratique, le mécanisme ne devrait donc pas s’activer en 2026, et aucune redistribution ne serait appliquée la première année. Les entreprises resteront pleinement exposées aux prix de marché, sans compensation.
C’est globalement une bonne nouvelle : cela confirme l’absence d’envolée majeure des prix de gros pour 2026. Mais ces niveaux restent supérieurs aux 42 €/MWh historiques de l’ARENH, ce qui implique malgré tout une hausse des factures à prévoir.
Le VNU remplace à partir de 2026 l’ARENH et modifie profondément la structure du prix de l’électricité en France. Il vise à :
- garantir une rémunération cohérente du parc nucléaire ;
- limiter les revenus excessifs d’EDF lorsque le marché flambe ;
- redistribuer une partie des gains aux consommateurs.
Pour les entreprises, cela signifie une plus grande exposition au marché et un prix du nucléaire plus élevé qu’avec l’ARENH, mais avec un mécanisme correcteur qui peut atténuer les hausses en cas de prix extrêmes.
C’est un dispositif à suivre de près, car il influencera durablement les stratégies d’achat d’électricité et la prévision budgétaire des entreprises.